Sauvons les jardins d’Aubervilliers

Depuis près d'un siècle, les Jardins ouvriers d'Aubervilliers, patrimoine précieux de sept hectares, recèlent une biodiversité très riche, procurant aux habitants de la Seine-Saint-Denis une alimentation locale, un accès à la nature et de la fraîcheur lors des pics de canicule.

Mais aujourd’hui, l’État et les collectivités locales prévoient de supprimer plus de 10000m² de jardins pour construire le solarium d'une piscine d'entraînement des Jeux Olympiques de Paris 2024,  ainsi qu’une gare du Grand Paris, des hôtels, des logements et des bureaux.

Il existe des solutions alternatives aux projets d'aménagement pour préserver les jardins et concilier nature, sport, transport, tout en évitant la gentrification et la bétonisation des quartiers populaires. C’est pour sauver ces jardins, devenus Jardins à défendre (JAD), que le collectif Sauvons les Jardins d’Aubervilliers lutte.

PAROLE
DU COLLECTIF

Témoignage de Dolores Mijatovic, membre du collectif

"Les jardins sont l’héritage d’une très grande plaine maraîchère qui nourrissait les Parisiens. Ce sont devenus des jardins ouvriers en 1920, donc on venait de fêter leur centenaire. Ils servaient à nourrir les familles, et c’est toujours le cas, on ne vend pas ce qu’on cultive. C’est un endroit tellement beau, dans un endroit où il y a tant de béton autour, qu’on ne peut qu’être ému à l’idée qu’on va le détruire. D’autant plus qu’il n'y a jamais eu d’industrie ici, donc la terre n’était pas du tout polluée, c’était une vraie chance. Sur les 22500m2 de jardins, il est prévu que 13 000 m2 soient détruits, donc c’est un peu plus de la moitié des jardins qu’ils voudraient faire disparaître. Il y a eu très peu de discussions avec les aménageurs et Grand Paris Aménagement. On a essayé mais ils ne veulent pas. Avec la mairie, on a pu parler, elle est venue visiter, elle nous a dit qu’elle était désolée mais que ce sont ses prédécesseurs qui ont pris la décision et qui ont signé, donc qu’elle ne peut plus rien faire. Personne ne peut rien faire, mais ils n’ont juste pas le courage. 

 

Moi je suis jardinière, j’ai une parcelle que je cultive depuis deux ans et qui n’était pas concernée par la destruction, mais je trouvais ça tellement inimaginable de détruire un endroit aussi magnifique pour mettre du béton dessus, que pendant un an de ma vie, j 'ai investi beaucoup d’énergie et d’émotion dans la défense des jardins. Au début de la lutte, on favorisait la mobilisation d’opinion, c’était une lutte médiatique. On a beaucoup ouvert les jardins, on a accueilli du monde, pour les faire connaître. Mais on mène aussi une lutte juridique, qui a commencé à l’automne 2020. Il y a eu le retour grâcieux, le retour contentieux contre le plan local d’urbanisme et au mois d’avril, lorsqu’on a appris que Grand Paris Aménagement allait reprendre la terre et mettre les palissades, la décision d’occupation s’est imposée à nous. Le 17 avril, on a organisé une grosse manifestation, et une quinzaine de jours après on a commencé à préparer l’occupation. Pendant quatre mois, les jardins sont devenus un lieu de sensibilisation, mais aussi de vie, d’échanges, de sociabilité, c’était super. Malheureusement ça se finit dans la destruction. Tout le monde est dépité, c’est dur ce qu’il se passe. Là, on envisage de faire des actions plus ponctuelles mais plus frappantes. On réfléchit à comment se mobiliser à l’extérieur, car ils n’autorisent l’entrée plus qu’aux jardiniers.

 

Le bureau de l’association des jardins collabore dans la destruction puisqu’il se positionne comme partenaire de Grand Paris Aménagement. Sa seule préoccupation est le droit de jardiner, donc il a veillé à ce que les jardiniers puissent continuer à jardiner. Mais il ne s’est pas soucié de préserver la terre. Lorsqu’il a appris que Pantin, la ville voisine, possédait 30 jardins libres, il a proposé aux jardiniers d’y transférer leurs cultures. Pour ceux qui n’ont pas accepté, il a envoyé un courrier à tous les jardiniers pour leur demander de partager leur parcelle. 6 jardiniers ont partagé leurs parcelles. Donc il a fait en sorte de recaser tous les jardiniers, mais il n'est pas du tout là pour sauver la terre, il ne s’y intéresse pas. Néanmoins, il ne veut pas que les gens voient la destruction des jardins. C’est pourquoi il s’oppose à l’occupation et n’ouvre désormais les jardins qu’aux jardiniers.

 

Début septembre, 19 parcelles ont été détruites. On ne s’y attendait pas, surtout le jour de la rentrée des écoles, mais ce n’est pas un hasard, ils ont été vicieux. C’était extrêmement difficile d'assister à la destruction. C’était très violent symboliquement, mais aussi physiquement, car il y a eu beaucoup de violences policières, beaucoup de menaces. Ils ont mis deux jours à tout détruire, à arracher tous les arbres. Ils ont arraché tout ce qu’on avait construit, tous les arbres, ils ont enlevé toutes les cabanes avec un énorme tractopelle. On aurait dit une zone de guerre. C’était un choc. Moi je dois avouer que j’ai beaucoup pleuré. J’étais présente le matin de la destruction. Je suis allée porter plainte au commissariat puis je suis revenue l’après midi, ils continuaient à détruire, c’était horrible. Le soir, j’ai assisté au rassemblement, puis j’ai dormi là, juste derrière la JAD, avec d’autres filles, dans des matelas gonflables et des hamacs, parce qu’on ne pouvait pas partir, c’était trop dur. On a fait un mini campement symbolique, le temps qu’on cicatrise du traumatisme de cette destruction."

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LE COLLECTIF

Sauvons les jardins d’Aubervilliers !

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Les Jardins ouvriers d'Aubervilliers recèlent une biodiversité riche, procurant aux habitant·e·s une alimentation locale, un accès à la nature et de la fraîcheur lors des pics de chaleur, depuis près d’un siècle. Mais aujourd’hui, l’État et les collectivités prévoient de supprimer plus de 10 000m² de jardins pour construire le solarium d'une piscine d'entraînement des Jeux Olympiques de Paris 2024, une gare du Grand Paris, des hôtels, des logements et des bureaux. Pourtant, il existe des solutions alternatives aux projets d'aménagement pour préserver les jardins en évitant la gentrification et la bétonisation des quartiers populaires. C’est pour sauver ces jardins que le collectif "Sauvons les Jardins d’Aubervilliers" lutte.