Salsigne et l'après-mine

Salsigne, dans l’Aude, était la principale mine d’or de France et la première mine d’arsenic du monde. Un siècle d’exploitation intense a bouleversé les paysages et affecté la santé des ouvriers et des habitants. Aujourd’hui, malgré la “mise en sécurité” réalisée par l’État, la pollution est toujours présente. Il y en aurait même pour plusieurs milliers d’années. L’association de défense de l’environnement Gratte-Papiers s’engage juridiquement et médiatiquement dans la lutte contre cette importante et persistante pollution à Salsigne.

PAROLE
DU COLLECTIF

Témoignage de Frédéric Ogé, membre du collectif

"L’activité minière a connu son plein essor de l’entre-deux-guerres jusqu’à l’arrêt de la mine en 2004. Aujourd’hui, dans le contexte de “l’après-mine”, le cadre semble plaisant mais on est une des plus grandes décharges chimiques du monde, avec 3 millions de tonnes de toxiques, dont 800 000 tonnes d’arsenic. 

 

Un comité de pilotage pour le projet “Mine responsable” a été installé par Emmanuel Macron le 1er avril 2015, mais ce comité a déclaré que “la mine propre n’existe pas, une mine a toujours un impact sur les populations, l’environnement, elle transforme toujours un territoire”. Depuis l’après-mine, la gestion est dévolue exclusivement à l’Etat, dont on a voulu évaluer l’efficacité, ainsi que les coûts financiers, sanitaires et environnementaux. 

 

Près de 142 millions d’argent public ont déjà été dépensés dans les différents plans d’action de l’Etat. Compte tenu de la quantité d’arsenic laissée à l’abandon, ce type de pollution minière perdurera entre 500 et 10 000 ans. Avec un coût de fonctionnement de 500 à 600 000€ par an selon le dernier plan d’actions du préfet de l’Aude, la Station de Traitement des Eaux de Pluie (STEP) va engendrer à elle seule un coût de 5 à 6 milliards d’euros au cours des 10 000 prochaines années. Soucieux de ne pas s’engager dans de telles dépenses, trois ministères cherchent à supprimer la STEP, sous prétexte d’un impact minime sur la dépollution de l’Orbiel, la rivière qui traverse l’ancien bassin minier. La manœuvre ministérielle a échoué, du moins pour les 10 à 15 prochaines années, ce qui représente peu par rapport au 10 000 années prévisibles de pollution.

 

Du côté des coûts environnementaux, le bilan est pire. La masse de produits toxiques est immense, entre 2 et 3 millions de tonnes d’arsenic, cyanure, plomb et autres, mélangés dans plus de 22 millions de tonnes de déchets miniers, selon une étude menée en 2002 par l’Agence de la transition écologique. Et ce chiffre ne comprend pas tous les produits similaires et mortifères répartis tout le long de la vallée de l’Orbiel. Les pouvoirs publics indiquent seulement le volume des déchets miniers, mais pas le poids, pour rendre les chiffres moins impressionnants. Dans l’étude Burgéap-Ademe de 2002 par exemple, il mentionnent un volume total de 15 000 000m3 de déchets miniers, ce qui correspond à 22,5 millions de tonnes de déchets miniers à Salsigne.

 

Récemment, le directeur général adjoint de l’Agence Régionale de Santé Occitanie a déclaré que “la pollution dans l’Orbiel passe après, pardon d’être direct”. En décembre 2018, l’ARS affirmait qu’il n’y avait “pas de risque en cas de baignade dans l’Orbiel”. Mais en juin 2019, un arrêté préfectoral interdit “la baignade, la pêche et toutes autres activités dans les eaux de l’Orbiel et de ses affluents”. D’autres arrêtés interdisent la vente et la consommations de produits cultivés ou ramassés dans la vallée, interdisent l’utilisation des cours d’école, ou encore l’accès aux aires de jeux. Des solutions sont données, mais rien n’est fait pour réduire la toxicité des millions de tonnes de déchets présents. Pourtant, les juges de la Cour d’Appel d’Aix-en-Provence, en juin dernier l’ont dit clairement : “l’existence d’un risque immédiat de mort ou de blessures sur cette période est peu discutable”. 

 

L’action de l’Etat dans la gestion de l’après-mine de Salsigne est catastrophique. Les plans successifs des préfets ne prévoient pratiquement aucune action qui réduirait la quantité de produits toxiques. Seule une action, la trente-deuxième, a prévu de prendre 5000 tonnes d'arséniate de chaux. C’est un commencement, mais si on fait le calcul, ces 5000 tonnes, sur les 22,5 millions de déchets toxiques stockés sur le site, en représentent à peine 0,022%.  

 

Les populations respirent, intègrent et sont au contact des produits toxiques, au point d’en être imprégnées. Les taux d’arsenic sont anormalement élevés chez les enfants et nourrissons, ils sont intoxiqués. Lorsqu’on a des inondations, les taux de plomb de zinc et surtout d’arsenic des bâtiments, des écoles, des habitations, des parcs bondissent. Tout est contaminé."

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LE COLLECTIF

Salsigne et l'après-mine

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Salsigne, dans l’Aude, était la principale mine d’or de France et la première mine d’arsenic du monde. Un siècle d’exploitation a bouleversé les paysages et affecté la santé des ouvriers et des habitant·e·s. Aujourd’hui, la pollution est toujours présente et le sera pendant des milliers d’années. Face à cette situation, le collectif Gratte-Papiers se mobilise.