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Bassines Non Merci

Le collectif Bassines Non Merci se bat depuis trois ans contre un projet de construction de 16 réserves de substitution, dites « bassines », pour l’irrigation agricole dans le Marais Poitevin. Une bassine est une réserve d’eau géante de 10 hectares en moyenne, entourée de digues de 10 mètres de haut et remplie en hiver en pompant principalement dans les nappes souterraines pour irriguer en été des cultures intensives. Ce projet, financé avec 70 % d’argent public, impacterait gravement la vallée de la Sèvre niortaise et le droit à l’eau des populations.

PAROLE
DU COLLECTIF

Témoignage de Julien Le Guet et Melissa Gingreau
membres du collectif

"On a créé le collectif suite à une enquête publique qui, en mars 2017, annonçait le projet de construction, à l’époque de 19 bassines, sur tout le bassin versant de la Sèvre niortaise. Malgré près de 600 contributions récoltées sur l’enquête et environ 80% d’avis défavorables, les trois commissaires enquêteurs ont donné un avis favorable au projet, sans réserve. Une première vague de résistance forte s’est donc créée, et aujourd’hui, le collectif BNM79 rassemble une trentaine d’organisations diverses, syndicats, partis politiques et associations. En plus de cela, les groupes locaux sont en train de s’organiser. Des collectifs se sont montés dans la Vienne, et en Charente. 

 

On a un planning très soutenu de mobilisations. On organise des manifestations avec des images symboliques fortes. On a lancé un appel à la résistance aux habitants du territoire pour empêcher le démarrage des travaux. On revendique le droit à la désobéissance civile, considérant que lorsque le droit à l’eau au niveau européen est bafoué, la désobéissance est justifiée. On a également de nombreux recours en cours, on a déposé une pétition au Parlement européen et on a attaqué l’agence de l’eau qui finance 50% du projet. Aujourd’hui, dans l'urgence, notre revendication principale est l’obtention d’un moratoire, ne serait-ce que pour que les décisions de justice puissent être étudiées.

 

Notre détermination permet de compenser notre manque de moyens et d’infrastructures. On est porteurs d’attentes fortes et de projets de territoire, on veut recréer le lien avec les exploitants, les paysans du territoire, pour qu’ils se remettent à produire des choses qu’on puisse leur acheter, qu’ils puissent se nourrir avant de nourrir les marchés internationaux et spéculatifs. Face à la volonté des aménageurs de tout taire, on tente de donner un grand écho et de faire comprendre que cet enjeu local est aussi un enjeu national. D’autant plus que l’Etat devrait être le garant de l’intérêt général et créer des situations de dialogue, mais il s’est toujours positionné du côté des porteurs de projets. Et les politiques nous ont un peu lâchés. Même des petits maires locaux ont abandonné le terrain. On rencontre régulièrement des conseillers municipaux, mais il faut toujours aller chercher les élus là où on pourrait attendre d’eux qu’ils soient moteurs et réellement nos porte-paroles. 

 

Les bassines ont été créées en grande partie pour pérenniser la culture de maïs, car le maïs est une plante qui demande beaucoup d’eau, en particulier quand elle est la plus rare, en juillet et en août. L’enquête publique donne l’illusion d’une agriculture beaucoup plus vivrière et qui se rapprocherait de la population, alors qu’elle sert à développer de l’agriculture intensive et industrielle. 85 à 90% de cette culture est exportée.

 

Pour créer une bassine, il faut creuser un cratère de 5 à 20 hectares, et en plastifier le fond, pour réserver l’eau. Au total, les 16 bassines représentent une surface artificialisée de 200 hectares. Les porteurs de projets utilisent le terme de "réserves de substitution”, car il s’agit bien de se réserver l’eau pour se l’accaparer, au détriment des autres. En effet, ils présentent le projet aux élus et financeurs, comme un moyen d’utiliser l’eau qui part à la mer, et qui ne servirait à rien, mais cette eau est celle qui crée des conditions de vie pour de nombreuses espèces. Donc tout prélèvement a un impact sur le milieu et sur la biodiversité. 

 

Le projet de bassines concerne une agriculture intensive, polluante, qui détruit complètement l’environnement, nos paysages et l’environnement et renforce l’artificialisation des sols. Il faut s’imaginer que 70% du territoire des Deux-Sèvres dans les années 1950 était de la prairie, aujourd’hui il n’en reste que 14%. De plus, du fait de la surexploitation des nappes phréatiques, le Marais poitevin se réduit, jusqu’à ne plus donner d’eau au printemps et en été. Et le retour d'expérience sur les bassines existantes démontre que les assecs sont plus tôt et durent plus longtemps. L’hydroclimatologue Florence Habets explique que les réserves ne diminuent pas les prélèvements, au contraire, elles assoient un système sur le long terme qui accroît la consommation d’eau. 

 

Dans l’état actuel du projet, les bassines existantes représentent 2 millions de mètre cube, les 16 bassines en projet représentent 7,5 millions de mètre cube, et ils veulent encore prélever 5,7 millions de mètres cube, ce qui représente au total 15 millions de mètres cube. Vu l’impact déjà mesuré quand sont prélevés seulement 2 millions de mètres cubes, c’est évident que le milieu ne supportera pas cet accroissement là. D’autant plus qu’il faut prendre en compte le taux d’évaporation, qui oscille entre 5% et 20% en France actuellement, mais qui pourrait aller jusqu’à 60% d’évaporation d’ici quelques années, avec le réchauffement climatique. Enfin, dans les bassines existantes, on a remarqué le développement de plus en plus rapide d’algues, dont certaines sont pathogènes, ainsi que des cyanobactéries, des bactéries mortelles, générant des cyanotoxines, un poison qu’on ne sait pas traiter. C’est un phénomène qui s'accroît aussi avec le réchauffement climatique et qui deviendra la grande maladie des rivières en France si on ne fait rien, comme elle l’est déjà en Espagne."

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Le collectif "Bassines Non Merci" se bat depuis trois ans contre un projet de construction de 16 bassines pour l’irrigation agricole dans le Marais Poitevin. Une bassine est une réserve d’eau de 10 hectares en moyenne, entourée de digues de 10 mètres et remplie en hiver en pompant principalement dans les nappes souterraines pour irriguer en été des cultures intensives. Ce projet, financé avec 70 % d’argent public, impacterait gravement la vallée de la Sèvre niortaise et le droit à l'eau des populations.